
L’angle mort des dirigeants : pourquoi la moitié de vos décisions ne marchent pas (et comment y remédier)
Cap/Stratégie
Introduction : le mythe du tableau de bord
En tant qu’ancien CDO (Chief Data Officer) devenu coach d’organisation, j’ai vu des dizaines de dirigeants piloter leur entreprise comme on conduit une voiture en regardant uniquement le GPS. Les yeux rivés sur les KPI, les marges, les prévisions… Ils croient tout contrôler. Pourtant, la réalité du terrain est rarement celle des chiffres bien alignés dans Excel ou un beau dashboard PowerBI.
Et c’est là qu’un double regard — tech et humain — entre en jeu.
Une décision sur deux est inefficace.
Pas par manque de compétences, mais parce qu’elle est déconnectée de ce que vit vraiment l’organisation.
Selon Harvard Business Review de 2025, les études montrent que les managers prennent en général les décisions stratégiques trop lentement et bien trop souvent ce ne sont pas les bonnes.
Aujourd’hui, je vous propose d’identifier cet angle mort avant qu’il ne vous coûte une fortune.

1. Le triangle de la cécité organisationnelle
La plupart des échecs de transformation (7 sur 10, pour être précis selon McKinsey) viennent d’un décalage entre ce que les dirigeants croient et ce qui se passe vraiment. Pour comprendre une équipe ou une entreprise, il ne suffit pas de regarder les résultats financiers. Il faut croiser trois réalités, souvent contradictoires :
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Ce que tu veux être (la vision partagée) : Votre stratégie, votre cap, ce que vous présentez en réunion.
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Ce que les autres pensent que vous êtes (la perception externe) : Ce que disent vos clients, le marché.
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Ce que vos équipes vivent vraiment (la perception interne) : Leurs croyances, leurs non-dits, la qualité de leur coopération (ou son absence).
L’erreur classique ? Se concentrer sur les deux premières et ignorer la troisième.
Résultat : vous lancez une nouvelle stratégie pour plaire au marché, sans vérifier si vos équipes sont capables ou même prêtes à la suivre. Et ça finit en épuisement et en cynisme.
2. L’approche “data & humanité” : sortir du déni
Comment combler ce fossé ? L’intuition ne suffit pas (utile mais parfois trop biaisée), et les tableaux de bord traditionnels ne mesurent pas vraiment l’aspect humain derrière l’indicateur.
En tant que coach systémique, je vous propose de chercher la clarté systémique : voir l’entreprise comme un écosystème vivant, pas comme une machine. Cela signifie oser mesurer l’intangible :
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La qualité de la coopération (pas juste la coordination).
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L’alignement réel des valeurs (pas celles affichées sur les murs mais celles vécues).
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Les zones de friction (silos) qui “mangent” 20 % du temps de vos équipes en moyenne.
3. Exercice pratique : le “reality check”
Avant de vous lancer dans un nouveau projet, faites cet exercice de lucidité. Posez-vous ces trois questions (ou posez-les à votre équipe ou des personnes de confiance) pour tester votre alignement :
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L’écart stratégique : “Si tu demandais au dernier arrivé de décrire notre stratégie, dirait-il la même chose que toi ?”
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L’écart identitaire : “Nos valeurs affichées correspondent-elles à la façon dont on prend les décisions difficiles ?”
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L’écart relationnel : “Sommes-nous une équipe de solistes ou un vrai collectif ?”
Si vous hésitez, c’est qu’il vous manque des données et que vous naviguez à vue sur le facteur humain.

Conclusion : vers une organisation vivante
La technologie et les données sont utiles, mais seulement si elles servent à éclairer ces zones d’ombre, pas à les cacher. C’est en confrontant ces trois perceptions (vision, interne, externe) que vous passez d’une gestion mécanique à un leadership éclairé.
C’est sur cette philosophie de vision 360° que nous avons co-construit la méthodologie COROLLES® avec Estelle Denervaud. Pas pour juger, mais pour aider les équipes à nommer les vrais problèmes et à agir dessus.